Les micro-algues

 

Les micro-algues sont des plantes microscopiques. Elles pullulent dans les océans, les lacs et les rivières. Elles n'ont besoin pour se développer, par photosynthèse, que de soleil, d'eau et de gaz carbonique. Elles sont surtout riches en lipides. Pour toutes ces raisons, les micro-algues sont peut-être le réservoir des biocarburants de demain.


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Les agrocarburants de première génération extraits des végétaux, comme le maïs, blé, betterave, cannes à sucre pour le bioéthanol,colza, soja, tournesol pour le biodiesel, ne sont plus vus comme les carburants de demain. En plus d'être en concurrence avec les cultures vivrières, ils sont aussi cause de déforestation et dégradation des sols. Ceux de deuxième génération, qui valorisent la totalité des plantes, bois, feuilles, paille et résidus agricoles compris, s'annoncent plus avantageux. Mais dans la filière la plus avancée, visant à produire du bioéthanol à partir de la cellulose et de la lignine du bois, les rendement actuels restent faibles, les coûts élevés, les technologies complexes.

 

L'alternative pourrait donc venir des micro-algues, déjà qualifiées de biocarburants de troisième génération.En effet, le phytoplancton marin peut accumuler des huiles ou des sucres (d'où seront tirés du biodiesel ou de bioéthanol) beaucoup plus efficacement que les végétaux terrestres. Le directeur du Laboratoire de physiologie et biotechnologie des algues à l'Ifremer (institut français de recherche pour l'exploitation de la mer), Jean-Paul Cadoret, assure : « On peut espérer obtenir entre 20 et 30 tonnes d'huile par hectare et par an, contre 6 tonnes avec le palmier et un peu plus de 1 tonne avec le colza ».

 

De plus, ces végétaux aquatiques n'accaparent pas des terres destinées aux productions agricoles alimentaires. Enfin, leur culture nécessite un apport de gaz carbonique, ce qui permettrait de recycler du CO2 produit par des usines ou des centrales thermiques. Elle exige aussi des nutriments, nitrates ou phosphates, ce qui pourrait contribuer à l'épuration des eaux usées.

 

Certaines sociétés pensent que la production à grand échelle de biodiesel à partir d'algues arrivera rapidement, et estime une commercialisation possible dans quelques années avec un prix compétitif par rapport au diesel issu du pétrole. Alors que d'autres points de vues se montrent plus prudents en constatant que sur le papier le potentiel des micro-algues est énorme et justifie que de gros moyens y soient consacrés, mais que cela en est encore au stade du laboratoire et qu'une production à grande échelle est envisageable que dans au moins cinq ans, voir même plus, vraisemblablement dix ans.

 

Le chemin à accomplir est encore long, souligne Antoine Sciandra, directeur du Laboratoire d'océanographie de Villefranche-sur-Mer (CNRS-Université Pierre-et-Marie Curie). Il faut sélectionner les souches les plus productives, optimiser les méthodes de culture, améliorer les procédés de récolte et d'extraction. Se pose aussi le problème de la compétitivité de la filière, à laquelle devront contribuer les coproduits tirés des micro-algues : aliments pour animaux, acides gras, antioxydants, colorants, cosmétiques...

 

Reste encore à établir un bilan environnemental complet. « En émissions de gaz à effet de serre, il est pour l'instant voisin de celui des meilleurs agrocarburants de première génération, mais les marges de gain sont importantes. » indique Olivier Bernard, directeur de recherche à l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria)

 

Chercheurs et industriels se pressent donc autour de ce nouveau gisement d’énergie

 

« Faire partie, d'ici cinq ans, des trois premiers centres d'excellence mondiaux sur les micro-algues. » C'est l'objectif des chercheurs et des industriels français regroupés au sein du projet Green Stars , ces "étoiles vertes" marines dont seront peut-être issus les biocarburants du futur.

 

Green Stars a été présélectionné dans le premier appel à projets lancés par le gouvernement, en vue de la création d'instituts d'excellence en énergies décarbonées (IEED). Si le projet est labellisé, il devrait être doté par l’État de 12 millions d'euros sur trois ans, au titre des investissements d'avenir. Des financements industriels devront prendre le relais, pour mener à son terme un programme chiffré à 120 millions d'euros sur dix ans.

 

L'enjeu est de « rassembler sous une bannière unique les acteurs de la filière des micro-algues », explique Olivier Bernard. La France possède, dans ce secteur, un fort potentiel scientifique, à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), au CNRS, à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) ou au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Elle se classe même au premier rang mondial pour les publications sur les micro-algues, et au quatrième pour les brevets, derrière les États-Unis, le Japon et la Chine.

 

Mais ses forces sont dispersées. Et, surtout, peu tournées vers les applications industrielles, alors que plus de 200 entreprises ont déjà été créées dans le monde pour exploiter les ressources des micro-algues, principalement aux États-Unis, au Canada en Australie, en Israël, en Inde, au Japon, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Allemagne. « En termes de développements industriels, la France est aujourd'hui distancée par de nombreux pays », déplore M. Bernard.

 

Il s'agit donc de tenter de rattraper ce retard, en associant équipes de recherche, grandes entreprises comme Air Liquide, la Compagnie du vent (GDF-Suez), EADS, PSA, Total ou Veolia Environnement, mais aussi un réseau de PME. Green Stars, dont le campus principal doit être installé près du bassin de Thau (Hérault), est conçu comme « une plate-formee fédérative de recherche et de développement ».

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